La Nature a-t-elle une idée derrière la tête ?

On peut être tenté de prêter à la Nature des intentions qu’elle n’ a pas !
vendredi 30 janvier 2009
par  Jean-François Doucet
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Des organisations naturelles comme la symbiose étroite entre bactéries et champignons (Mycorhize), ou entre insectes et fleurs carnivores peuvent inciter les savants à prêter des intentions à la Nature hors de leur champ d’investigation. En toute rigueur, ces intentions ne peuvent être que des hypothèses justifiant a posteriori le processus, l’obligation scienfitique de présenter des résultats indépendants des observations et de l’ observateur épuisant toutes explications irrationnelles des phénomènes étudiés.

Les exemples sont nombreux [1] [2] où, chez les êtres vivants, les concordances entre les éléments du monde extérieur suggèrent une intentionalité. On sait que, par exemple, les fleurs carnivores comme la Dionaea muscipula sont capables de capturer et de digèrer des insectes.

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Fleurs carnivores pièges
Dionaea muscipula capture et digère des insectes
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Capture d’une sauterelle
Une sauterelle se fait capturer par une fleur carnivore (Dionaea muscipula)
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Une araignée digérée
Une fleur carnivore digère une araignée à l’aide des sucs de ses tissus

Cette symbiose entre insectes et plantes laisse penser à une coordination (éventuellement divine) extérieure à ces organismes. Sans préjuger de la véracité de cette supposition, on doit souligner qu’elle prend sa source chez l’observateur lui-même. Sans lui, il n’ est pas certain que le jeu des forces biologiques mis en oeuvre soit seulement recensé ! Il en va de même, non plus pour des phénomènes observables mais pour le fonctionnement intra-cellulaire des êtres vivants. Les conclusions auxquelles sont parvenues les savants couvrent de concepts explicatifs rationnels leurs observations dont l’origine est loin d’être purement rationnelle et qui laissent ouverte la possibilité d’autres concepts explicatifs.
De même, le déroulement du cycle biologique des manchots impériaux (Aptenodytes forsteri) coordonne si bien les forces naturelles en présence qu’il semble suggèrer une intention dépassant l’entendement de l’observateur organisatrice du cycle biologique de ces animaux. Notre étonnement vient sans doute de l’impossibilité de concevoir une explication globale de toutes les forces en présence. Mais dans une optique scientifique, faire appel à des éléments irrationnels [3] escamote les exigences et limitations scientifiques. C’ est également repousser pour une satisfaction immédiate et totale l’inconfort de se contenter d’explications provisoires et partielles.

Une vie en conditions extrèmes

Dès la mi-mars, les manchots empereurs reviennent de mer rejoindre la manchotière. Ils cherchent un partenaire et commencent la parade aussitôt et s’accouplent durant tout le mois d’avril pour féconder un seul oeuf pondu au mois de mai. La couvade est confiée au mâle quelques heures seulement après la ponte tandis que les femelles partent en mer à la recherche de nourriture. Jeûnant près de 4 mois pendant qu’il couve l’oeuf, le mâle attend le retour de sa femelle ’au mois de juillet. Laissant les soins au poussin à sa femelle, les mâles repartent se nourrir en mer. Ils reviennent et nourrissent alors pendant un temps leur poussin émancipé qui se met à l’eau au mois de décembre. Regroupés dans des "nurseries", ces poussins émancipés recoivent entre temps de la nourriture de leurs parents.

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Nurserie de Manchots empereurs
Chez Aptenodytes forsteri, les jeunes poussins émancipés, couverts de duvet gris, sont, regroupés dans une « nurserie »
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Cycle de reproduction d’ Aptenodytes forsteri
Cycle de reproduction d’Aptenodytes forsteri (S. Blanc)

A lui seul, ce cycle de reproduction des manchots de terre Adélie met à jour une organisation fonctionnelle des mâles et des femelles à des fins de reproduction. Au simple examen de celle-ci, il serait tentant de trouver une intention particulière "derrière" ce cycle de vie.

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Couple de Manchots avec leur poussin
L’élevage des poussins est, chez les Manchots empereurs, le fruit d’une collaboration efficace

Cette tentation est d’autant plus grande que d’autres faits troublants semblent confirmer cette intention. Ce cycle se déroule, en effet, dans des conditions extrèmes où les vents peuvent souffler à 200 km/h et la température atteindre -60 degrés C. D’autres fonctions apparaissent également à l’appui de ces présupposés. Pour se prémunir contre le froid intense, les manchot de Terre Adelie se mettent en formation de "tortue", quelques uns présentant leur dos au froid tandis que d’autres profitent de la chaleur emmagasinée au centre du groupe de manchots. Une rotation de tout le groupe assure une température plus clémente à chacun. La biologie également donne l’impression que cette organisation sociale est dirigée vers un but par une intention particulière. Le corps des manchots est recouvert par 4 couches de plumes assurant une très bonne protection thermique de ces oiseaux. La couleur des plumes a d’ailleurs son importance dans les parades amoureuses des oiseaux. Les retrouvailles des petits par les animaux adultes, d’autre part, provoquent l’admiration des techniciens des communications : [4]les oiseaux sont capables de reconnaître dans le brouhaha de la manchotière des séquences sonores spécifiques.

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Plumage d’Aptenodytes forsteri
Une adaptation aux conditions extrèmes de températures (S. Blanc)

La méthode scientifique permet des énoncés tels que :

" Les manchots empereurs vivent à des températures très inférieures à zero degrés Celsius"

ou bien

"Le mâle d’Aptenodytes forsteri peut jeûner près de 4 mois en attendant le retour de sa femelle "

ou bien encore :

"La femelle reconnait son petit à des séquences sonores spécifiques "

Mêmes si ces énoncés se vérifient indépendamment de l’ observateur ou des observations particulières, et donc, peuvent légitimement prétendre au qualificatif de "scientifique", ces généralités ont été exprimées par des êtres humains soumis aux contraintes de la langue qu’ils utilisent pour énoncer ces vérités et aux croyances qu’ils partagent avec d’autres êtres humains sur la réalité étudiée. Hors de ces conditions d’investigation et de ces méthodes expérimentales particulières, les manchots empereurs ne livrent pas les secrets de leur biologie. C’ est au contraire les êtres humains qui, respectant certains protocoles d’investigation, avancent des énoncés où point une certaine directivité des buts assignés aux oiseaux et des moyens qu’ils prennent pour atteindre ces objectifs. Sans êtres humains pour supposer une intention particulière à certaines fonctions, aucun manchot empereur n’exprime la logique interne à son action. En d’autres termes, s’il est légitime d’énoncer des vérités d’observation concernant ces oiseaux, oublier l’origine humaine de ces énoncés revient à escamoter nos propres intentions à l’égard des manchots empereur d’Adélie, à savoir, un besoin d’ explications rationnelles de l’organisation du comportement du groupe puisque, par bonheur, d’autres intentions (commerciales etc) sont évidemment exclues du champ de l’investigation. En définitive, les manchots empereurs eux-mêmes n’ont ni le besoin ni la possibilité de les faire savoir à leur environnement.

De plus, si Darwin nous a habitué à percevoir dans les cycles biologiques les éléments d’une compétition sans merci pour leur survie dans un milieu souvent hostile, certaines observations mettent en évidence une collaboration entre êtres vivants qui, par contraste, soulèvent notre admiration.

Mots-clés : Biologie, Intentionalité


L’exemple des Manchots empereurs d’Adélie nous renvoie à la nature en partie animale des êtres humains. Eviter à leur égard de prêter à leur biologie une intention cachée particulière nous permets de substituer le simple aveu de notre ignorance à une quelconque intelligence cachée "derrière" le moindre de nos agissements. Si des forces agissent à notre insu, elles ne nous sont pas totalement étrangères.


[1Les coucous, par exemple, pratique le cleptoparasitisme. Ils pondent leurs oeufs dans les nids d’autres espèces qui les couvent avec leurs propres oeufs. L’oisillon, en particulier du coucou gris (Cucurus canorus), pousse oeufs et oisillon de son hôte hors du nid profitant ainsi d’une nourriture abondante. Le plasmodium responsable du paludisme constitue un autre exemple en parasitant l’anophèle et l’homme.

[2Les poils de la Bardane qui ont inspiré la mise au point du Velcro se retrouve sous les feuilles du bois canon auxquelles s’accrochent les fourmis guyanaises Azteca andreae

[3voir les éléments irrationnels dans les découvertes de N. Copernic

[4Chez le manchot empereur (Aptenodytes forsteri) il y a reconnaissance mutuelle des partenaires au moyen du chant de cour. Outre le rythme, l’oiseau prend en compte les détails de la structure syllabique. Analysé au moyen de méthodes digitales, chaque syrinx engendre une série harmonique. La modulation de fréquence est à peu près inexistante, par contre les variations d’amplitude sont très prononcées


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