Le peintre, l’inventeur et le savant

L’éloquence de la structure en partage
mercredi 4 novembre 2009
par  Jean-François Doucet
popularité : 42%

"Novum corpus" présuppose, en première approximation, que le processus créatif est le même pour les inventeurs, les artistes et les savants. Or un dialogue à trois entre le peintre P, le savant S et l’inventeur I montrent combien les points de vues sont différents. (Le dialogue est fictif mais les répliques sont authentiquement celles d’une correspondance virtuelle)

La curiosité n’est pas toujours un vilain défaut !

Le peintre P s’intéresse à un inventeur génial dont on fête l’anniversaire le 10 juillet sur le net : Tesla. Le savant S prévient l’ inventeur I pour un dialogue sur ce sujet :

Le scientifique S à l’inventeur I : P me signale également qu’aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Tesla, et je lui ai demandé de me préciser ce qui, chez Tesla, l’intéressait.
Pour l’instant, j’attends sa réponse mais je pensais que vous seriez
intéressé par une discussion sur N. Tesla puisque, comme vous, c’est un inventeur. Je vous pose la même question en espèrant commencer une
discussion sur cet inventeur génial. En son temps, je m’étais intéressé à Edison, qui, devenant sourd a inventé le phonographe !

Le scientifique S.- Mise à part l’unité de mesure d’induction qui porte son nom, et quelques souvenirs d’expérience d’induction par notre professeur de Physique de prépa, je ne connaissais pas la biographie de N. Tesla. (Seule la vie d’Edison avait attiré mon attention dans la mesure où il est frappant qu’un homme atteint de surdité invente le phonographe ).

L’inventeur I demande alors : Tenez-moi au courant d’ une réponse, si vous ne voyez pas d’objection, j’aimerais bien savoir comment un artiste, comme le peintre P voit le monde des inventions.

La réponse se fait attendre et le savant S demande au peintre P ce qui est advenu de sa réponse :

Le peintre P ... je lui ai répondu hier soir et je ne sais pas où mon message est resté coincé (sous l’océan atlantique ?)

Il continue :

Lepeintre P : Je ne m’intéresse pas particulièrement à Nikola Tesla et j’ai appris son anniversaire par Google et un peu de son histoire, extraordinaire, par Wikipedia. J’aime beaucoup la compagnie des inventeurs. J’en connais quelques uns ici et ils vivent tous une rêverie sur la matière, /une rêverie de la volonté/ (Bachelard) : un joyeux mélange paradoxal d’esprit très pratique et de grande fantaisie !

Il continue :

Le peintre P : Une discussion sur Tesla, j’en serais bien incapable ! c’est en suivant le logo du jour mis par Google que j’ai découvert (je n’en avais jamais entendu parler) ce scientifique.

L’inventeur I répond alors : Pour Tesla c’est la première fois que j’apprends qu’il a déposé plus de 700 brevets qui sont pour la plupart attribués à Thomas Edison … remarquez bien : pour la plupart attribués à Thomas Edison , quel honte ! Je suis ouvert à toute discussion si ceci peut être d’une utilité quelconque.

Le scientifique S : Je vous poserais 2 questions :

A votre avis, quelle est la condition pour que la propriété des inventions de Tesla revienne à Tesla et non pas à Edison ? Autrement dit, à quelles conditions doit satisfaire un milieu où des créations (oeuvres, brevets etc ) peuvent se produire pour que la honte que vous constatez n’aie pas lieu d’être ?

A votre avis, puisque Tesla a travaillé pour le compte d’Edison dès 1883, la cause du vol des inventions de Tesla est :
1.-une ingratitude de la part d Edison,
2.-un défaut de législation sur les droits des brevets ?
3.-un manque d’exigence (et de vigilance) de la part de Tesla pour protèger son oeuvre et exiger sa reconnaissance ?
4.- autre ?

L’inventeur I : Si réellement Tesla a déposé plus de 700 brevets qui sont pour la plupart attribués à Thomas Edison, il faut d’abord le prouver d’une façon incontestable, ensuite inciter les milieux historiques pour ainsi corriger ces faits, et dire clairement et à haute voix qu’Edison a volé en quelques sorte les idées de Tesla !

La cause du vol des inventions de Tesla est :

3.-un manque d’exigence (et de vigilance) de la part deTesla pour protéger son oeuvre et exiger sa reconnaissance ?

Le scientifique S : Vous avez raison, il faut prouver que les inventions sont bien de Tesla (et non pas d’ Edison) travail qui peut ne pas être facile tant il est difficile d’établir des faits avec une certitude à 100 %.

Je ne connais pas la législation américaine de la fin du XIXème siècle
mais des documents émanant de l’Organisation de la Propriété
Intellectuelle pour la France INPI et pour le monde WIPO
 :
montrent que la législation change. Dans ces conditions, on passe des créations anonymes du Moyen-Age (les artisans des cathédrales ne signent pas leurs oeuvres) aux lois du Copyright actuel (en pleine mutation du fait d’ Internet) en passant par des pratiques anciennes où un auteur pouvait signer une oeuvre qui n’était pas de lui. C. v Linnée, par exemple, a une oeuvre impressionnante en volume dans laquelle on peut se perdre. Il était de coutume à son époque que les Maîtres signent les oeuvres de leurs disciples ce qui multiplie les oeuvres ! De nos jours, il est de bon usage de reconnaître la paternité d’une oeuvre à son créateur sans que pour autant cette reconnaissance ne soit si simple.

Ainsi, la découverte de l’ADN, de ce point de vue, diverge assez de ce bon
usage et bien des gens seraient critiques vis-à-vis de la méthode qui consiste à assembler les connaissances obtenues par d’autres pour, au moment des récompenses, oublier les apports significatifs d’une femme comme Rosalind Franklin absente de la liste des Prix Nobel. Mais l’ampleur de la découverte excuse peut-être la méthode moralement suspecte.

D’un point de vue théorique d’ailleurs, il est difficile de définir la "
propriété intellectuelle " (par d’autres voies que celle du droit )
puisque les créateurs comme les autres gens se plaisent à laisser des
traces auprès de leurs pairs qui, peuvent, oublier de distinguer ce qui
leur appartient en propre et ce qui revient à autrui par avidité au gain
... d’ailleurs, dans le langage réside la difficulté de définir la propriété intellectuelle : quel créateur n’a pas " parlé " de sa création à quelqu’un, ne serait-ce qu’à sa femme ! C’est que, à mon avis, nos langues humaines sont ainsi faites qu’elles exigent de s’adresser à quelqu’un ne serait-ce qu’en imagination. Alors les intentions de ce quelqu’un peuvent ne pas être que bonnes ! L’imagination elle-même peut être méchante !

En fait l’inventeur I est aussi peintre !

Puis L’inventeur I annonce une mauvaise nouvelle : Tous mes tableaux se sont abîmés, je les avais placés voici presque 2 ans dans un placard fait dans le mur ou régnait un peut d’humidité, j’ai sous estimé son effet, maintenant je découvre qu’elle a gâché tous mes tableaux , le travail de plusieurs mois !

Le peintre P : pénible en effet... perdre ainsi du travail m’est arrivé des dizaines de fois ! je suis négligent et enthousiaste... mais chaque fois je me suis lancé sur le même travail et j’ai toujours obtenu un nouveau résultat qui surpassait le résultat perdu et dépassait donc mes espérances !
Courage !

L’inventeur I Je vais prendre mon courage à deux mains et j’essayerais de reproduire les mêmes tableaux quand la passion de peindre me prendra de nouveau .

Le peintre P : si vos dessins étaient contre un mur, c’est qu’ils étaient tombés de vous depuis longtemps !

L’inventeur I : absolument pas, ce que vous ne savez pas, c’est que j’habite dans une petite maison ou peu d’espace m’est offert et, de plus, mon petit enfant est très actif et cherche a endommager touT ce qui se trouve à sa portée ; j’aurais aimé les plaçer dans les meilleurs endroits qui peuvent exister, mais malheureusement, je n’habite pas dans un appartement de luxe ou une villa … Je vous l’avoue, au moment ou j’ai découvert ce qui est arrivé à mes tableaux, les larmes me sont venues aux yeux, mais j’ai réussi à les tenir, et j’ai gardé mon chagrin , comme je le fais toujours, au fond de mon cœur.

Le scientifique S : votre enfant, très actif qui, à vous lire, cherche a endommager tout ce qui se trouve a sa portée " évoque pour moi le coté " brise-fer" de mes neveux, enfin, brise-fer, je me suis rendu compte qu’en fait, mes neveux étaient comme tous les enfants de la terre, actifs comme est votre enfant, mais que j’avais moi, peur, non pas de perdre les tableaux mais que mes neveux viennent fouiller dans des papiers de famille irremplacables. Oui ! C’étaient mes craintes, plus que l’activité de mes neveux qu’il fallait aménager. Alors, évidemment, ce n’était pas une invention brevetable, mais au lieu de laisser des papiers familiaux à portée de leur main, j’ai acheté un verre de la taille de l’étagère de telle sorte qu’on ne puisse atteindre les papiers familiaux sans enlever le verre ce que mes neveux à cet âge ne pouvait pas faire. Et les papiers familiaux sont restés à l’abris derrière le verre. Etes-vous alors bien sûr des intentions de votre petit enfant ? Il doit être comme mes neveux très vivants et turbulents comme les garcons ! Pourquoi n’essayez-vous pas vos talents d’inventeurs pour mettre hors de portée de ce petit garcon, ce que vous voulez protéger ?

Inventeur I : C’est exactement ce que je fais, je ne cesse de faire des truc pour mettre hors de sa portée ce que je veux protéger , mais aussi des truc pour le protéger à son tour. Imaginez ! il ne cesse d’essayer d’atteindre les prises de courant, et de tenter mille fois ou même plus, d’y faire introduire des objets , sa mère m’a dit qu’il a été électrocuté 2 fois durant mon absence !!! Et pourtant quelques jours après il refait ses bêtises avec ces prises de courant, ma plus grande crainte c’est qu’il reçoit une décharge assez forte … que Dieu le protége, c’est tout ce que je peux dire !

Tous les jouets que je lui achète, après les avoir essayé quelques heures il tente de toutes ces forces de les détruire, et de séparer leurs omposants mais avec force, imaginer donc ce qu’il peut faire avec mes objets quand il sont a sa portée !

Ma mère me dit que c’est une photocopie de moi quand j’avais son âge !

Le peintre P : c’est un futur inventeur alors !

Le scientifique S : "Tel père tel fils " c’ est dans l’ordre des choses.

Quant à la force que votre fils met à "détruire", je ne peux que vous
indiquer un texte d’une amie de S. Freud et de C. G. Jung, Sabina Spielrein
qui pensait que les forces de destruction qu’on trouve à l’oeuvre chez les
humains sont source de devenir. Autrement dit, il semble bien que le neuf,
l’invention, l’oeuvre d’art ou de science se fasse par destruction de
l’ancien.

Et le peintre de revenir sur l’intention de l’inventeur I peintre à ses heures de repeindre ses tableaux endommagés

Le peintre P:Pour ma part, je ne reproduis /jamais /une œuvre perdue ! je retravaille très vite dans la même dynamique, avec les mêmes acquis, dans le même sillage s’il est encore suffisant. Autrement je passe à autre chose : Si les peintures sont trop anciennes, effectivement, elles se sont détachées de moi depuis longtemps et leur souvenir n’est pas très différent de ce que ce que je pourrais voir d’elles : Abar, si vos dessins étaient contre un mur, c’est qu’ils étaient tombés de vous depuis longtemps ! Je me suis dit, souvent, que si j’avais fait tel ou tel tableau, c’est qu’il était en moi, que j’avais trempé mon pinceau en moi, sur une insaisissable palette, toujours différente d’elle-même mais toujours ressemblante à elle-même. Comme la mer.

Le scientifique S .- Effectivement, l’eau qui coule sous le pont n’ est
jamais la même ...

Le scientifique S : Je me demande si la perte des tableaux de l’inventeur I ne pourrait pas être l’occasion d’une discussion sur la relation du créateur à sa création. Une telle réflexion, si c’était possible, éviterait bien des rages faisant disparaître des tableaux à coup de couteaux - oui, oui, tellement le rejet de l’oeuvre, quelqu’en soit la qualité, peut être
radical et violent - ou une surestimation de l’oeuvre tout aussi nocive
qui la conserve à tout prix, même à celui de sa propre extinction de
l’inspiration. Qu’en pensez-vous ? L’enthousiasme du peintre P si sa négligence pouvait être pensée, au lieu de perdre ainsi des oeuvres inutilement, pourrait s’investir dans une oeuvre nouvelle d’une production accrue ?

Le le peintre P répond alors à la question sur la création :

Pour moi, la création se passe toujours de la même façon :
1. je lis, je regarde autour de moi, j’assemble des sujets à peindre
devant mes yeux, je les enlève, j’en essaie d’autres...
2. je rêve, endormi, éveillé... mais j’aime surtout cet entre-deux, ni sommeil ni veille ou le rêve et la pensée sont très libres.
3. Un jour j’ai trouvé ! j’assemble le sujet, enthousiaste, et je peins

Le savant S s’essaie à la photographie

Le scientifique S :Vous m’invitez à formuler pour vous ma manière de voir "mon processus créatif ". Comme je vous le disais, vers 1981 au début de mon étude, je faisais l’hypothèse - en fait, je tiens cette approximation de mon grand père paternel, que le processus créatif était le même quelque soit l’objet de la création (Art, Science, Technique). Je suis parfaitement conscient qu’il s’agit d’une approximation et également une réduction puisque d’autres types d’hommes que les inventeurs, les artistes ou les savants ont des idées. Je cite toujours le cas du Général Galliéni qui, pendant la bataille de la Marne a eu l’idée géniale des taxis du même fleuve. Mais, sorry comme dirait les anglais, lors de mon étude, je devais bien me limiter à un champ particulier de connaissance. Je me suis donc concentré sur l’Art, la Science et la Technique appliqués à tous les niveaux de la société.

Le scientifique S : vous admettez que la création se passe toujours de la même façon, alors que ce n’est pas le cas ! D’abord, je dois distinguer le " problem solving " de la création proprement dite. Par "problem solving", j’entends cette facon d’aborder la vie avec ses "problèmes" : cet après-midi, je dois me rendre à la réception donnée par l’ambassade de France à l’occasion du 14 juillet et je me demande comment, à la fois être dans une tenue adéquate avec les officiels et tout de même détendu avec ma sacoche qui contient toutes mes affaires personnelles et qui ne fait pas très " mondain" (c’est le style à l’Université du Blue-jeans et de la sacoche) : dois-je quitter la sacoche au vestiaire au risque de me la
faire piquer ou bien dois-je extraire au labo, ici, les affaires indispensables pour arriver à l’ Ambassade sans sacoche ? Inutile de dire que je prends pour vous cet exemple, mais que ce problème est anodin. Je fais donc confiance à l’enchaînement des circonstances pour que le problème trouve sa solution.

Pour ce qui est de la création proprement dite qui n’ est plus seulement une résolution de problèmes mais une transposition d’une représentation mentale sur l’environnement, il en va tout autrement. Je vis les 4 phases au niveau personnel : la préparation qui me permet de rassembler un certain nombre de données, l`incubation qui laisse mûrir les données enregistrées comme si elles disparaissaient de la conscience pour réapparaitre lors du ahah de l’illumination. Enfin, la dernière phase est celle de la vérification qui me permet de ne pas "déconner" - l’imagination, vous le savez est sans limite - et de vérifier que la solution trouvée est adéquate à la question posée.

Pour me faire comprendre, je vous donne l’exemple de mon travail sur les rats. Dès le début de mon travail, il y a maintenant plusieurs années, j’étais confronté à la mentalité norvégienne en général et à celle de ma supérieure hiérarchique qui est très réservée comme tous les norvégiens et norvégiennes. Je ne voyais en particulier pas où était la ligne directrice des expériences étudiant l’hypertension artérielle sous l’angle le plus commun c’est à dire en considérant le coeur comme une pompe aspirante et refoulante. Le problème étant formulé, j’ai trouvé - en particulier grâce au Net - d’autres analogies pour le coeur (vous savez très certainement que l’analogie en Science a faible valeur épistémologique et, par conséquent, est méprisée voire condamnée) comme celle de l’écluse (=coeur) où un bateau change de niveau en actionnant les sas de l’écluse (oreillettes et les ventricules). Après rédaction, j’ai remis à ma supérieure hiéarchique cette courte contribution. En retour, j’ai recu de sa part, une demande de crédit formulée par une analogie du coeur non plus comme une écluse ou une pompe aspirante et refoulante, mais comme une balance de justice qui équilibre la pression du sang déjà présent dans les artères avec la pression exercée par le sang pulsé par le muscle du coeur. Voilà pour ce qui est de la production d’analogies concernant le coeur proprement dit.

Au hasard de mes recherches documentaires sur le Net, je suis tombé sur d’autres pistes de recherche : les images ne concernaient plus le cœur proprement dit mais les différentes méthodes de "remplacer" le coeur.
Certains patients vivent déjà avec un coeur artificiel de telle sorte que je puisse me demander si l’hypertension ne pouvait pas s’aborder, au moins en imagination, par remplacement (même virtuel ) du coeur des malades. De plus, je m’intéressais au cerveau puisque mes collègues dans le couloir font des recherches sur le cerveau et je ne veux pas apparaître trop ignorant (je ne suis pas médecin comme la plupart ), je me demandais si l’on ne pouvait pas appliquer les méthodes de mesure du flux sanguin dans le cerveau (l’imagerie cérébrale en plein développement ) à la circulation du sang dans les rats. Mais ces deux idées, pour respecter ma position hiérarchique subordonnée par rapport à ma directrice de recherches, je ne les ai pas exprimées et ne les exprime qu’ en catimini de manière à ne pas devenir un "trublion" dans le labo.
Ainsi vous écrivez que vous lisez, regardez autour de vous, assemblez des sujets à peindre devant vos yeux, les enlèvez, en essayez d’autres...alors que je lis aussi bien évidemment mais la lecture ne me donne pas envie de peindre mais d’écrire : il ne se passe pas beaucoup de temps après avoir ouvert un livre avant que les idées commence à fuser. Pour ce qui est de la représentation graphique, de mes dessins, en fait, ce sont les graffitis que je commence à barbouiller en téléphonant ou dans une salle d’attente qui sont le signe que je vais dessiner. En fait, je me laisse dessiner. Ma méthode exposée à un graphiste professionnel a été identifiée : dans une attitude passive devant la feuille de papier, je laisse surgir les formes qui me plaisent et tentent de le aménager en équilibre sur le papier. Cette activité, si elle constitue un jeu de société tout a fait amusant- un ami psychologue des religions y a même interprété un état contemplatif !- n’est pas exploitée sur le plan professionnel mais a alimenté quelques expositions " locales" sans prétentions. Mes rêves comme les vôtres, endormi, éveillé... sont sans doute une source d’inspiration inconsciente mais en fait, je ne les utilise pas comme tels. mais j’aime surtout cet entre-deux, ni sommeil ni veille ou le rêve et la pensée sont très libres. Ils me servent de " pilules neuroleptiques naturelles" : lorsque mon humeur devient maussade, je n’ai pas longtemps à attendre avant qu’un rêve vienne me donner l’occasion de l’analyser " pour me remonter le moral " et me requinquer.
Je suis d’accord avec vous que ce moment entre-deux, ni sommeil ni veille, peut-être très fécond. En fait, il semble bien que ce soit la variation qui soit l’élément déclencheur de l’activité psychique. Lorsque je commence mes calculs sur les rats qui, sont, vous vous en doutez secs comme un coup de trique, avec des tableaux de chiffres à n’en plus finir, je ne suis pas longtemps dans un état "Zen". Très vite me viennent des idées de tas de choses. Cette variation ou changement, je la recherche quelques fois volontairement, en quittant mon écran d’ordinateur pour "aller voir ailleurs" dans les boutiques de l’hopital près du centre de recherche, ou les belles infirmières ...Quant à votre état émotionnel lors de vos trouvailles avant d’assembler le sujet et de peindre porté par l’enthousiasme, je le vis assez rarement. Il m’arrive de "flasher" sur un motif comme lorsque j’ai pris la photo ci dessous. Evidemment, ces "hourras, j’ai trouvé " me viennent quand la tension émotionnelle se trouve libérée par l’arrivée de la solution. Mais, cette libération de tension pour moi est plutôt du coté" problème solving " que du coté processus créatif avec intervention de l’imagination. C est à se demander si, chez moi, la représentation imagée des solutions ne demande pas un certain calme hors tension vers un but.

Immeubles anciens et modernes

Le peintre P : merci pour votre long message, si intéressant et drôle !
je ne suis pas capable d’en comprendre toute la profondeur et je ne vois pas, non plus, ce qui vous a motivé dans cette photo mais c’est pour moi l’occasion du trait de plume suivant :

Voilà l’étrangeté des images :
tout en elles
est visible
et caché

il fallait lire

« lentement
l’escargot
escalade le Fuji »

un autre :

« Dans ce monde de rêves
je cultive
des oignons »

Le scientifique S : votre courriel, avec cette sorte de "
Haiku " - je ne connais pas suffisamment la poésie japonaise pour en
décider - me distrait de mes rats à calculer. Eh oui, je suis d’accord
avec vous, les images disent et cachent à la fois. Mais les mots ne font
pas autrement puisque vous ne pouvez pas choisir un mot pour vous exprimer sans exclure par votre choix tous les autres. Mais du fait de la liaison certes apprise mais quand même largement admise par un groupe d’individus entre les mots et ce qu’ils signifient pour le commun des mortels, les mots représentent un degré de plus dans la précision de la transmission du sens. Tandis qu’une image laisse libre le lecteur d’interpréter à sa guise, les mots ne lui laissent pas autant de liberté : ils font appel à l’intelligence pour être compris alors que l’image, moins exigeante, fait appel, c’est une lapalissade, à la vision. Moins de contestation vis-à-vis d’une image transmise - c’est la vérité en barre, en quelque sorte - mais plus de précision dans la transmission du sens à l’aide des mots. Enfin voilà ma position, grosso modo.

Vous ne voyez pas, non plus, ce qui m’a motivé dans cette photo ?

Je précise donc mes intentions à l’origine de la photo de la rue d’Oslo que j’ai prise, il y a quelques jours : donc, à une heure relativement matinale, comme tous les matins, je fais une marche pour lutter contre le vieillissement dans la mesure où rester à calculer des dérivées première et seconde de flux sanguin par rapport au temps à longueur de journée ne me fait pas faire les 10 000 pas par jour nécessaires à l’exercice normal d’un corps sain. Comme vous l’écrivez sur votre site :
Lao Tzeu l’ a dit : il faut trouver la Voie, et plus modestement la Voie,
pour moi, est du coté de la vie, de la construction, de la beauté etc
même si je suis parfaitement conscient pour avoir soigné, grands
vieillards, grabataires et mourrants que cette recherche de sens est voué
à la décrépitute et à la mort. Qu’importe, en attendant .... le sens est
devant mes yeux, par un petit déclic émotionnel qui vient après avoir voulu photographier le contraste entre un immeuble en verre - avec effet, miroir - l’hotel Plazza à Oslo - avec cette idée que les constructions en verre devraient bientôt être dépassées vu les économies d’énergie nécessaires pour la bonne santé de notre vieille terre, entre cet hotel Plazza et les immeubles anciens adjacents. Mais curieusement, c’ est un immeuble en construction à l’ autre bout de la rue qui attire mon attention. Avec un ami, ingénieur du bâtiment, nous l’avons commenté ce bâtiment et ce matin-là, il est éclairé de manière splendide. De plus, ses facades de verres lui donne un effet de miroir qui me fascine dans les bâtiments de toute la ville. Je vais faire les photos de l’effet miroir et en me retournant, je tombe sur le motif que je vous ai envoyé : il y a bien sûr le contraste entre les immeubles modernes en verre et les autres bâtiments mais ce qui me fait appuyer sur le bouton, c’est l’immeuble rond du coin de la rue avec les bande alternées de couleur sombres et claires. Il y a comme un rythme de barres horizontales sur tout le motif qui s’ouvre en arrière plan sur l’hotel Plazza avec son effet miroir dans le fond. C’est ce rythme que j’avais l’intention de "fixer sur la surface" photographique : y suis-je parvenu pour autrui ? c’est une autre question, mais au moins l’intention était là, de transmettre à autrui l’étrange faculté que nous avons, les humains, de détecter des rythmes dans la nature, de la voir harmonieuse malgré certaines laideurs ... et avouez que pour aller au travail, rien de mieux que de voir de belles choses. Ce qui a motivé cette photo ? vous faire voir combien les possibilités pour peu qu’on se donne la peine de les voir sont nombreuses de vivre de belles choses avant la journée de travail.

Le peintre P :

vous le dites très bien et ce que vous écrivez m’a été très agréable à lire ! je suis satisfait, ayant écrit, si j’ai pu dire un maximum de choses avec un minimum de moyens* (c’est ma variante de « la contrainte du prisonnier » de l’OULIPO), mais, paradoxalement, j’admire qu’on sache donner autant de soi à lire et à comprendre et je vous remercie de l’avoir encore fait.

Du coup, j’aime beaucoup les haïkus et j’en connais de nombreux ; Tenez, en voici deux qui me viennent tout de suite à la mémoire :

lentement
l’escargot
escalade

ou

l’hirondelle
chie
sur le nez du Bouddha

Scientifique S : Il s’ agissait bien de haïkus comme je le préssentais Evidemment, les haïkus, même sans le contexte nippon, nous sont, nous les occidentaux, faramineusement expressifs.
Mais à y regarder de près, les haïkus (nous) me plaisent tant pour un peu
plus que le sens disons bébête échappé de leurs mots. Ils me laissent
entrevoir un mouvement du fait même de leur versification si particulière.
D’une certaine manière, les mots font ricochet un peu comme les sons
musicaux empilent des harmoniques sur la note fondamentale. Et, pour moi, c’est signe de la puissance : avec peu de moyens, exprimer un maximum de sens, jusques et y compris, un sens latent. J’en parlais hier avec un ami lorsque je le raccompagnais chez lui en passant devant des musiciens de rue : il ne faut pas se laisser leurrer par l’absence de salle, d’opéra, de concert de tout le tralala de la musique : les musiciens de rue peuvent avoir du talent. Il me faisait remarquer alors que le jazz New Orleans avait commencé comme ca, de la musique à main nue, une trompettre rafistolée par ci et un bout de bois transformé magiquement en baguette, et le Jazz était né de la puissance même des musiciens dont l’économie de moyen contraste avec les orchestres actuels transportant leur "matos" par camion. Donc, économie de moyen, que j’apprécie dans les poèmes "haïku" sans me laisser duper par leur légereté qui n’est qu’illusion de légereté (comme dirait D. Anzieu) si je sais combien les practiciens du haïku se soumettent à toutes sortes d’exercices ô combien profonds. Maintenant, cette économie de moyen, peut être un obstacle à l’expression d’autres choses tout aussi sensées. Alors, quittant le domaine de la poésie, les mots peuvent se faire littéraire, cela va de soi. Et plus les
mots tendront à cerner la subjectivité de l’auteur, plus, à mon avis, ils
s’enliseront dans les méandres du sens. Mais ô chose curieuse ! Je
soutiens qu’au bout de la subjectivité engoncée dans un manteau de mots,
il y a la même chose que ce qui fait se mouvoir le lecteur de haïku. Un
vide plein de vie !

Le peintre P :- Pour accompagner ce que vous écrivez si justement, je précise ce dont j’ai l’intuition : en deçà et au delà de certains remous de notre personnalité, dont il serait difficile de parler sans recourir à une forme de langage affranchie de la logique ordinaire (la poésie), s’étend quelque chose qui nous est commun. Un Lieu Commun qui, paradoxalement, peut être décrit très logiquement, tout en restant absolument indescriptible. Décrire précisément ce Lieu Commun est une des tâches du haïku. C’est aussi ce que veut et doit faire le discours scientifique !

Scientifique S.- Dans mon dernier courriel, j’avais oublié de joindre la photo que j’avais prise le matin même. J’y découvre les mêmes motivations d’exprimer ces rythmes (les vélos louables en rang d’oignon en arrière plan) comme les harmoniques d’un son fondamental qui apparaît par constraste avec le vélo couché devant. Une sorte d’éloquence de la structure, pour le dire brièvement comme vos haïkus y excellent.

Vélo renversé à Oslo

La structure des fruits est-elle éloquente ?

Fruits à l'étalage

L’horreur !

L’inventeur I : Je cherchais partout des sites qui parlent des catastrophes aériennes quand je suis tombé sur ce site XXX J’ai jamais vu quelques chose d’aussi horrible , je me suis précipité hors du cybercafé , car j’ai faillit vomir !! Si vous voulez bien y jetez un coup d’œil, vous n’avez pas besoin de lire le texte qui est en arabe , regardez juste les images elles parlent d’elles même , et puisque vous vous intéressez bien à la psychologie, alors comment vous pouvez expliquez ce comportement très très primitif de ces asiatiques pourtant considérés comme des nations modernes ?

Le peintre P :
Je remarque deux choses
1. votre cœur est passionné et vous honore
2. les images ne sont que des images, même ce qu’on appelle « réalité » n’est fait que d’images : là aussi on peut se tromper.un exemple :
si j’associe ces deux images

Pomme Je raconte une toute autre histoire que si j’associe ces deux images-là Pomme Le peintre et le pommier

Le scientifique : Quelle lecon !
Je suis d’accord avec vous si vous pensez qu’il n’y a pas de réalité dans
l’absolu. Et cette réalité, à mon avis, est ce que nous "croyons" partager
avec autrui, ce sur quoi nous tombons d’accord. Et ce point de vue, me
rappelle une conversation avec un de mes amis physicien sur cette réalité
commune qu’il cherche à mettre non pas en image (comme un peintre) mais en équation. Un ami mathématicien dont je tairais le nom, pour ne pas l’impliquer d’abord et pour une pas provoquer dans la discussion d’effets de signifiants (que les politiques appellent effet d’annonce ), un ami mathématicien donc discutait avec nous. Il était assez étranger à ces
préoccupations, habitué qu’il était à construire systèmes de signes soumis
à la logique mathématique justement pour que les physiciens puissent
exprimer la réalité commune issue des expériences (comme celles du Cern en Suisse). Pour dire que de réalité, il n’y a, à mon avis que ce que nous voulons bien percevoir d’elle. Pour preuve, les variations importantes des représentations de cette réalité non seulement selon les points de vue (religieux, philosophique et scientifique) mais au cours du temps. Songez de l’Antiquité à nos jours, l’ampleur des différences sur ce que nous concevons comme "réalité". Je pense que vous pourriez faire un parallèle avec la peinture, des Egyptiens à nos jours, les manières de représenter non pas par des équations mais par des images, a varié (sans compter la naissance de la perspective " ordinaire " que nous connaissons aujourd’hui et en oubliant la perceptive sphérique ou projective ).

Quant aux horreurs de ce monde évoquées, vous abordez, une question fondamentale. Effectivement, je suis convaincu qu’il ne faut pas cèder à la haine, et que la misère exige d’être transformée tout au moins en oeuvre d’art et ne pas être livrée en l’état à autrui. D’ailleurs, l’exercice de l’art a une vertu cathartique (de purification) dont il convient d’utiliser les bénéfices pour soi-même et autrui.
Le peintre P : C’ est à mon tour de vous remercier : vous m’avez bien remonté le moral ! Quant à I, ne vous laissez pas troubler par les choses qui vous parviennent : gardez votre cœur intact et plein de lumière.


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11 juin 2012 - Le Bombyx du murier inspire la détection d’explosifs

Pour détecter de faibles quantités d’explosifs par nature peu volatils, une équipe de l’unité « (...)

30 septembre 2011 - Petite anomalie, grands effets !

Une théorie, à partir d’une perception sensible devenue intelligible, on le sait, établit des (...)

9 juillet 2009 - Des mots ou des images ?

Abar - Cher JFD , je ne sais pas si les autres partage mon avis , la photo a un charme (...)

24 mai 2009 - Aucun signifiant ne désigne tous les autres

Une des propriétés des langues est de pouvoir parler d’elles-mêmes. Ainsi le sens d’un mot peut (...)

16 mars 2009 - Le timbre poste facilite le travail de C. Darwin

Un savant épistolier hors pair
On a conservé plus de 14500 lettres de C. Darwin avec quelques (...)