L Montagnier alimente une ancienne controverse

mercredi 11 mai 2011

Vie et mort des controverses scientifiques

La dépendance des faits scientifiques aux moyens, en particulier linguistiques, nécessaires pour les répandre dans la communauté scientifiques fait naître bien souvent des controverses parmi les chercheurs. Tranchant, à partir de faits bien établis, l’énoncé des théories invite chacun à prendre parti : de ce fait, des croyances irrationnelles autant que l’absence d’une réalité objective sur laquelle un large consensus pourrait se constituer, animent les débats. L’énoncé de la théorie de "génération spontanée", a ainsi alimenté une polémique pendant près de 2 siècles dont les derniers protagonistes furent L. Pasteur et F-A Pouchet. La mort de ce chimiste en 1872 mit fin aux débats avec L. Pasteur qui, dès 1854, contredisait cette théorie. Finalement, avec L. Pasteur, la communauté scientifique tenait pour vrai que "la vie nait de la vie".

Récemment, toutefois, le Pr Luc Montagnier, co-découvreur du virus du SIDA, prix Nobel de médecine 2008, sans remettre en question cette idée maintenant admise y a apporté quelques nuances. Les résultats de ses expériences, exposés dans une conférence rendant hommage à J. Benveniste, prouveraient que l’ "ADN organise l’eau qui est autour et cette eau garde l’information de l’ADN ". "Cela correspond exactement, ajoute le Pr L Montagnier, avec ce qu’avait trouvé Jacques Benveniste pour d’autres molécules. Mais les molécules sur lesquelles expérimentent le Pr L Montagnier fournissent des résultats reproductibles ce qui n’était pas le cas de celles sur lesquelles J. Benveniste découvrait " la mémoire de l’eau". [1] Les affirmations du Pr L. Montagnier relancaient ainsi la controverse sur les travaux de J. Benveniste, exclu manu miliari de la communauté scientifique quelques années auparavant. Pourtant le Pr Montagnier affirme n’avoir pas approuvé les idées de J. Benveniste lorsqu’il travaillait avec lui. Son adhésion à sa théories interviendra plus tard de telle sorte qu’une dette symbolique envers son collègue de travail pourrait la justifier a posteriori.

Un scoop médiatique ?

Quoi qu’il en soit, le quotidien "Le Monde " du 29 juin 1988 titrait "à la une" :

"Une découverte française pourrait bouleverser les fondements de la physique : la mémoire de l’eau."

Le 30 juin 1988 la revue Nature titre également :

"Human Basophil Triggered by very dilute antiserum against IgE"

 [2]
 [3].

"C’était vrai pour l’essentiel"

La revue "Nature" avait exigé que J. Benveniste se soumette à une expérience en présence de James Randi, le célèbre magicien américain, le Directeur de la revue et un groupe d’experts indépendants. Cette vérification n’ayant pas été probante, la théorie de la "mémoire de l’eau" a été rejetée. Mais les expériences du Pr L Montagnier sur la matière vivante pose de nouveau la question des traces laissées par certaines substances dans l’eau : quelques exemplaires de Mycoplasma pireus restant dans l’eau après filtration provoqueraient leur réapparition une vingtaine de jours plus tard parce que les propriétés de l’eau ont été modifiées par les résidus, phénomène constituant sa "mémoire ". De la même manière, l’ADN bactérien provoquerait des changements structurels de l’eau responsables de l’émission de signaux électromagnétiques. La question de l’origine de ces signaux remet alors les travaux de J. Benveniste à l’ordre du jour.

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ADN viral et bactérien
Un champ électromagnetique faible laisse une trace dans l’eau pure à l’origine de la recomposition de l’ADN (Crédits : New Scientist)

Prenant sa retraite en Chine pour fuir la "terreur intellectuelle" de la recherche francaise, le Pr L Montagnier pense que J. Benveniste avait raison pour l’essentiel, même si ses expériences ne sont pas reproductibles à 100 % : sur le même schéma, certains ADN bactériens et viraux produiraient des changements structurels dans l’eau qui persistent lors de dilutions élevées et responsables de signaux à haute intensité de résonance électromagnétique détectables . [4]
Bien que la méthode scientifique permette de s’assurer des faits théorisés en les reproduisant à volonté, l’énoncé d’une remise en question de la nature même de la vie provoque alors dans la discipline un débat plus vaste que la seule question épistémologique. La découverte implique également la physique qui, désormais, à partir de la matière vivante intercalerait des ondes électromagnétiques pour la construction de la vie.

voir aussi

Electromagnetic signals are produced by aqueous nanostructures derived from bacterial DNA sequences
DNA waves and water


[1Emission du dimanche 2 mai 2010 sur France Inter de Stéphane Paoli et de Sandra Freeman.

[2En francais : Dégranulation de basophiles humains provoquée par de hautes dilutions d’antisérum anti-IgE

[3Nature Maddox, J. Randi, W.W. Stewart. "High dilution experiments a delusion", Nature, 28 Juillet 1988, p 287.

[4Comment l’ADN bactérien peut émettre des ondes électromagnétiques ? : L’ADN bactérien forme souvent une boucle circulaire et le déplacement d’électrons libres autour de cette boucle pourrait produire différents niveaux d’énergie. Les fréquences de transition entre ces niveaux d’énergie, lorsque ceux-ci sont modélisés comme dans l’étude présente, montrent des signaux de radiodiffusion de 0,5, 1 et 1,5 kilohertz. Ces fréquences correspondent aux mêmes fréquences mesurées et publiées dans des études menées par Luc Montagnier en 2009.