Une découverte ancienne au secours des antibiotiques

jeudi 17 mai 2012

De vieilles outres au secours du vin plus très nouveau !

Les nouveautés sont quelques fois des découvertes anciennes remises au goût du jour ! Tout simplement, au moment de leur apparition l’époque n’était pas en mesure de les accueillir : mais, qu’entre temps, quelques éléments aient rendu la situation plus favorable, et la découverte connait un succès inespéré.
C’est exactement ce qui pourrait bien se passer avec les bactériophages : découverts en 1912 par Félix d’Hérelle [1] et les travaux de Frederick W. Twort en 1915, ces virus ont rendu de grands services pour soigner certaines infections comme la tuberculose, la pneumonie, la gastroentérite ou la diphtérie.
Puis à partir de 1928 après les travaux d’ A Fleming sur la penicilline, la découverte des antibiotiques [2] a fortement ralenti les recherches sur les phages : seuls quelques pays de l’ancienne U.R.S.S. ont poursuivi les travaux de d’Hérelle et constitué des collections de phages correspondant à leur cible bactérienne.

Les phages se reproduisent chez les bactéries

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Phage T4 infectant Eschérichia coli
Le phage se sert de son hôte pour la replication de son ADN ou ARN

Si ces virus, en effet, créent comme les antibiotiques des résistances, ils ont l’avantage de ne concerner qu’une bactérie-hôte bien définie. De plus, la phagothérapie ne présente pas d’ effets indésirables. Elle utilise le cycle reproducteur du phage d’une durée de l’ordre de 30 mn. Reconnaissant les récepteurs spécifiques de la paroi de la bactérie, les phages injectent leurs matériels génétiques dans la bactérie puis se servent de son métabolisme pour leur reproduction. De plus, il commande la production de l’endolysine qui provoque l’explosion de la paroi une fois que les phages se sont reproduits en grand nombre. Au cours de ce cycle, la bactérie pathogène disparait purement et simplement. A partir d’une faible quantité de phages bien spécifiques, une quantité importante de bactéries pathogènes peut être ainsi détruites sans effet secondaires notables (les bactéries non ciblées peuvent demeurer vivantes dans l’organisme).

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Phage

Un regain d’intérêt pour les résistantes aux antibiotiques

Les mises en garde de l’Organisation Mondiale de la Santé pour juguler la prolifération des souches résistantes aux antibiotiques pourraient bien provoquer un regain d’intérêt pour les bactériophages. Sans doute leur mise sur le marché se heurte-t-elle à de grandes difficultés (économiques, technologiques voire idéologiques) mais se présente comme une issue possible à l’inefficacité grandissante des antibiotiques.

La redécouverte des phages et de la phagothérapie serait alors une conséquence des abus de traitements par antibiotiques pourtant longtemps satisfaisants.


[1travaillant à l’Institut Pasteur de Paris, F d’Hérelle isola des phages en 1916 des fécès de soldats francais souffrant de dissentrie

[2En toute rigueur, aux travaux d’ A Fleming, il convient d’associer ceux du français Ernest Duchesne de 1897 et de Florey et Chain de 1940.