La peste, fléau millénaire, traquée en quelques semaines

vendredi 17 août 2012

La peste est une maladie dont la cause restée longtemps inconnue a donné lieu à des spéculations de tous ordres : d’un côté, sans doute pour minimiser les réactions violentes des populations exposées, les croyances ont justifié des réactions irrationnelles pendant des siècles. De l’autre, après les découvertes pastoriennes, une cause de la pandémie est découverte - et prouvée - par une rationnalité implacable en quelques semaines.

La peste un fléau millénaire

La rareté [1] actuelle des cas de peste ne doit pas nous faire oublier sa place pendant des millénaires dans les fléaux de l’humanité à côté des guerres et des famines.

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Fresque évoquant la peste noire
(Crédits : monastère de Lavaudieu)

Longtemps d’ailleurs les mesures de santé publique se sont fondées sur la doctrine d’Hippocrate (envrion 460-350 avant J.C) qui, par l’observation des malades, établissait un diagnostic ou un prognostic La santé était à ses yeux un équilibre des humeurs (sang lié au coeur, phlegme à la tête, bile jaune et noire à la vésicule biliaire) appliquées au tempérament. Les éléments du monde extérieur (air, eau et les lieux) déterminent les humeurs donc les maladies selon les tempéraments.
Les épidémies, en particulier celles de peste, sont expliquées par la présences de "miasmes", molécules ou vapeurs malfaisantes dans l’air (sec ou humide, chaud ou froid ) ambiant qui s’introduisent dans le corps.

Une ville qui ne sait plus à quels saints se vouer

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Faute de connaître la cause des pandémies, les notables des villes faisaient appel aux croyances religieuses les plus répandues. Des processions étaient organisées pour conjurer la crainte des épidémies et négocier le châtiment divin grâce à des voeux. Ainsi en 1638, la vile de Pontoise promettait d’offrir à l’Eglise Notre-Dame une statue d’argent et d’orner les trois entrées de la ville de statues pour faire cesser la contagion. [2] Des observations avaient cependant alerté les autorités sanitaires qui faisaient le rapprochement entre rassemblement de foules, processions et progression de la pandémie. Très souvent, dès que l’épidémie devenait patente, les écoles se fermaient, les fêtes populaires étaient annulées.

Lorsque plus des 2/3 des populations sont décimées par la peste, la mort omniprésente fait l’objet de représentations de la subjectivité des contemporains dans le genre des " danses macabres".

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La peste source d’inspiration
La mort omniprésente qui frappe tout être humain inspire les artistes

Ces réactions de la société à la menace de la pandémie allaient de paire avec des remèdes qui, de nos jours, paraissent dérisoirs. Connaissant les causes de la pandémie, brûler des troncs de choux et des pelures de coing, allumer des feux de bois odoriférants, brûler des plantes aromatiques (romarin, marjolaine…)
ou de l’encens etc sont des moyens préventifs bien inefficaces à nos yeux. Et pourtant, ils figurent parmi les moyens envisagés pour porter remède aux victimes de la peste.

Les causes [3] de la peste découvertes en 3 semaines

Après les travaux de Louis Pasteur (1822-1895), la lutte contre l’épidémie prend un tout autre aspect. Lorsque la peste menace Hong-Kong en 1893, les autoristés francaises craignent que leurs intérêts ne soient atteints. Le docteur Yersin, après avoir passé sa thèse avec Émile Roux (1853-1933) saisit alors l’occasion : obtenant difficilement les autorisation nécessaires, il installe une paillote près de l’hopital anglais

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Paillote d’ A Yersin
Installation du laboratoire d’A Yersin dans une paillote en juin 1893.
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Microscope d’A Yersin
Instrument scientifique de la paillote d’A Yersin

Il se procure alors les cadavres nécessaires à son étude auprès de fossoyeurs. Quelques jours avant son arrivée le 15 join, un japonais le docteur Shibasaburo Kitasato, disciple de Robert Koch (1843-1910), dispose, lui, d’une équipe scientifique complète et d’un laboratoire à l’hôpital anglais. Yersin décrit méthodiquement les symptômes de la maladie qui aboutit dans la plupart des cas à la mort. Il s’intéresse ensuite aux conditions de son développement. Il remarque en particulier que les populations occidentales, aux normes d’hygiène plus strictes sont plus souvent épargnées.

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Materiel scientifique d’A Yersin

Les conditions de vie insalubres désignent en revanche la population chinoise de Hong-Kong comme une proie facile de l’épidémie. Le docteur Yersin remarque d’autre part un système d’égouts inadapté et infesté de rats, conjugué à la surpopulation dans les quartiers pauvres. Pour dépister le germe responsable du fléau, le docteur Yersin doit déceler la présence du germe chez tous les malades. Il prélève non seulement le sang mais aussi les bubons des malades et observe une bactérie Yercinia pestis
Pulpe de ganglion d'un rat

Une fois le bacille mis en évidence, Yersin cherche à l’isoler et le cultiver. De façon inattendue, les conditions de travail précaires de sa paillote lui sont favorables : il travaille à température ambiante faute de matériel adéquat pour maintenir la température voisine de celle du corps humain. A partir du bacille isolé, le docteur Yersion reproduit les conditions de la peste et infecte des animaux de laboratoire : il a ainsi la preuve que le bacille isolé est bien responsable de la peste. Le cycle complet cependant ne sera établi que quatre ans plus tard, en 1898, par Paul-Louis Simond . Comme les mouches, les puces peuvent héberger le bacille pendant plusieurs mois, puis infecter par piqûre rats, animaux domestiques et êtres humains.

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Cycle de la peste
Grâce a la méthode pastorienne rigoureuse, Yersion, en 3 semaines a élucidé le mystère de l’origine d’un fléau millénaire.

Souces :
La peste bubonique à Hong-Kong


[1L’Organisation mondiale de la santé considère que la peste pourrait réapparaitre dans le monde : de 1987 à 2009, on a constaté 53 417 cas de peste ayant causé la mort de 4 060 malades pour la plupart africains

[2Ces processions ont lieu dans la ville chaque année depuis 1640.

[3Alice Lebreton-Mansuy, La mise en évidence du bacille de la peste, Hong-Kong 1894