L’analogie remise à l’honneur ?

dimanche 13 janvier 2013

Question de définition

On le sait, en science, la valeur épistémologique de l’analogie est faible. Sans doute, l’abandon de ses ressources tient-il à la façade de certitudes affichées par les résultats scientifiques autant qu’à la prolifération des formes sur lesquelles calculent les machines, escamotant du même coup le fond des représentations mises en jeu. Or, dans le processus de découverte lui-même, à savoir la mise à jour d’un sens nouveau, l’analogie occupe une place centrale.
Au sens strict du terme, l’analogie désigne une répétition du même rapport ou une même proportion dans deux ou plusieurs rapports. Depuis les pythagoriciens, on dira qu’il y a analogie entre les couples (a-b) et (c-d) si (a-b) équivaut à (c-d), ou si le rapport (a/b) équivaut au rapport (c/d). Dans le premier cas, il s’agit de la proportion arithmétique, et dans le second, on parlera de la proportion géométrique.

Deux virtuoses de l’analogie

Fabricant d’assemblages nanométriques, Christian Joachim [1] et Gwénaël Rapenne [2], utilisent l’analogie de la voiture pour étudier la matière à cette échelle.

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Voiture moléculaire
Voiture moléculaire de l’équipe de Christian Joachim et Gwénaël Rapenne, de l’université Paul-Sabatier à Toulouse. Voiture moléculaire de l’équipe de Christian Joachim et Gwénaël Rapenne, de l’université Paul-Sabatier à Toulouse. | CEMES

Avec un peu d’imagination, on peut reconnaitre sur l’assemblage moléculaire toutes les formes des voitures à taille humaine(châssis, roues etc) A ces modèles trés réduits, les chimistes appliquent les principes de la course automobile : faire progresser les technologies de pointe. Ils continuent à exploiter l’analogie : la piste de course, à échelle nanométrique serait une surface d’or ou de cuivre balisée sur laquelle les molécules à allure d’automobile circulent . De plus, les chercheurs font appels aux compétitions retransmises par les médias . A cette échelle, les "caméras" sont des microscopes à effet tunnel reconstruisant les images. Finalement l’analogie automobile apporte dans leur recherche la notion de rivalité, une manière de comparer les véhicules nanométriques tout comme les constructeurs automobile testent leurs matériels sur les pistes. Ce jeu d’enfant en modèle trés réduit ne comporte que quelques concurrents : James Tour, de l’université Rice, au Texas (Etats-Unis), qui dès 2005 construisait des "voitures moléculaires" après les travaux de pionniers de Jean-Pierre Sauvage, de l’Institut de science et d’ingénierie supramoléculaires à Strasbourg,

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Course automobile
Après l’analogie de la voiture, celle de la compétition

Plus récemment en 2011, Ben Feringa, de l’université de Groningen (Pays-Bas), place sa recherche dans la même analogie de l’automobile. Il envisage de mettre un moteur sur chaque roue. C’est encore à cette analogie que Christian Joachin s’adresse pour utiliser des engrenags moléculaires pour accélérer la transmission de l’information dans les circuits électroniques.

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Engrenage
Par analogie, on parle d’engrenage à échelle moléculaire

L’analogie féconde, une fois trouvée tout reste à faire .... ou presque

Même si la validité de l’analogie reste à démontrer, elle aura eu le mérite de féconder des recherches prometteuses.


[1CNRS

[2université Paul-Sabatier, à Toulouse