A propos d’ un Prix Nobel

mercredi 10 octobre 2007

Le Prix Nobel de Physique vient d’être accordé cette année à Peter Grünberg et à Albert Fert pour leurs travaux sur la Magnéto-résistance géante (Giant Magneto-Resistance, GMR).

Deux déclarations remarquables attirent l’attention :

Antériorité et concurrence

« Grünberg et moi, raconte Albert Fert, avons toujours été d’accord pour considérer que nos expériences avaient été réalisées quasi-simultanément et que nous partagions la découverte de la GMR. » C’ est dire que l’ antériorité et la concurrence même à ce niveau peuvent-être établies et indiscutablement reconnues.

Recherche fondamentale et appliquée

« Le premier enseignement que je tire de l’aventure est que les avancées technologiques ont en général des racines très anciennes en recherche fondamentale. La magnétorésistance géante et l’électronique de spin ne sont pas nées par génération spontanée en 1988 », explique Albert Fert. Dans les années 30, le prix Nobel de physique Sir Nevill Mott avait déjà proposé que le spin intervienne dans la conduction électrique. La confirmation expérimentale et le développement de modèles datent d’environ 30-35 ans et viennent de quelques laboratoires européens (à Strasbourg autour de François Gautier, à Orsay avec les travaux de Campbell et Fert, aux Pays-Bas également dans le laboratoire d’Eindhoven). « Mais fabriquer des structures artificielles à l’échelle du nanomètre était impensable à l’époque. Le passage à la GMR et à l’électronique de spin est ensuite venu de la conjonction des idées de physique fondamentale que nous avions développées vers 1970 et des progrès des techniques d’élaboration de nanostructures au milieu des années 80. Par la suite également les développements de l’électronique de spin ont souvent été liés aux avancées des nanotechnologies. Le problème n’est d’ailleurs pas spécifique à l’électronique de spin, tant il est vrai que de nombreux domaines de la physique de la matière sont actuellement « boostés » de façon fantastique par l’arrivée des nanotechnologies », rapporte Albert Fert.

Pour le physicien, la découverte de la GMR et les développements ultérieurs ont aussi montré l’intérêt d’associer des laboratoires de recherche fondamentale du CNRS ou des universités et des laboratoires industriels. « C’est intéressant par la complémentarité de technologies différentes mais aussi pour que les chercheurs aient une certaine vision des enjeux industriels et que les ingénieurs perçoivent toutes les possibilités offertes par les avancées fondamentales. Dans notre domaine, cela a conduit à création du laboratoire qui est aujourd’hui l’Unité mixte de physique CNRS/Thales, également associée à l’Université Paris-Sud », souligne Albert Fert. Il constate : « La France et ses partenaires européens ne sont pas les pays les mieux placés dans les technologies de l’information et de la communication. Les prochaines années verront sans doute des avancées considérables dans ces secteurs et leur impact dans l’économie sera de plus en plus grand. Il est d’autant plus essentiel que la France et l’Europe puissent rattraper l’avance qu’ont pris les Etats-Unis et aussi le Japon dans ce domaine. »



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