La création est-elle une exaptation

samedi 9 février 2008

On sait que les êtres biologiques mettent en fonction certains organes dans un objectif non prévu pour cette fonction. Or, cette déviation des buts et des fonctions se retrouvent également à l origine de bien des innovations

Si le terme d’exaptation est inconnu de certains lecteurs, c’est parce que Gould et Vrba ne l’ont créé que récemment, en 1982. Pour s’en tenir à la définition de Gould, le mot désigne " le choix, au temps actuel, d’utiliser à certaines fins des éléments initialement destinés à d’autres fonctions (ou à aucune) ". À titre d’exemple, il cite le cas d’un lézard africain dont la tête extrêmement plate constitue une adaptation à la vie dans des crevasses mais permet aussi à l’animal de mieux glisser. Les écoinçons, terme d’architecture que Gould a transposé en biologie, sont une forme extrême d’exaptation dans la mesure où ils peuvent ne résulter en aucune manière de la sélection naturelle. Comme les écoinçons de la surface interne du dôme d’une cathédrale, ils ne sont là que comme conséquence de la structure d’un dôme reposant sur quatre points d’appui. Et pourtant, que ce soit chez l’escargot, les mammifères ou d’autres animaux, on trouve des structures de type écoinçon qui ont acquis une fonction.
Le meilleur exemple est sans doute celui de l’escargot, sujet fétiche de Gould. Certains groupes d’escargots ont choisi l’ombilic (un tube autour duquel s’enroule la coquille) comme chambre pour protéger leurs œufs. L’ombilic doit exister pour que la coquille puisse s’enrouler, mais il n’avait pas de fonction interne propre jusqu’à ce que quelques espèces le choisissent comme chambre à œufs